Un souffle est un bruit entendu au stéthoscope, pas une maladie. Le grade, de 1 à 6, mesure la force du bruit, pas sa cause. Chez le chiot, un souffle innocent disparaît le plus souvent à partir de 5-6 mois. Chez l’adulte sans signe dont le cœur n’est pas agrandi, le suivi passe par un contrôle à 6-12 mois. À la maison, le comptage des respirations au sommeil s’ajoute à ce suivi.
Le mot « souffle » arrive souvent à la fin d’une visite de routine, parfois avec un grade. Trois cas de figure se séparent : le chiot, l’adulte sans signe, le chien qui tousse ou respire plus vite.
Ce que le grade dit, et ce qu’il laisse ouvert
Un souffle est un bruit ajouté aux deux bruits normaux du cœur, produit par un sang qui circule de façon turbulente. Le vétérinaire l’écoute au stéthoscope et le range de 1 à 6 selon sa force.
| Grade | Ce que le vétérinaire entend |
|---|---|
| 1 | Très doux, perçu seulement après une écoute attentive, au calme |
| 2 | Doux, mais perçu tout de suite |
| 3 | D’intensité modérée |
| 4 | Fort, sans frémissement que la main sente sur le thorax |
| 5 | Très fort, avec un frémissement que la main sent sur le thorax |
| 6 | Extrêmement fort, parfois audible avec un contact minimal |
Ce tableau mesure un volume. Selon le service de cardiologie vétérinaire de l’université de Munich, le grade seul ne détermine pas la maladie : un souffle n’est pas forcément dangereux, et une cardiopathie importante ne donne pas toujours un souffle évident.
Seule l’échographie du cœur avec Doppler dit en général d’où vient le bruit, avec parfois un électrocardiogramme et des radiographies.
Même pour la maladie des valves du petit chien, le grade ne décide pas seul. Le consensus de l’ACVIM, collège américain de médecine interne vétérinaire, publié en 2019, cite une intensité d’au moins 3 sur 6 comme l’un de quatre critères, avec deux mesures à l’échographie et une à la radiographie.
Pour un chien sans signe, ces critères devraient idéalement être tous remplis avant de commencer un traitement.
Chiot : le souffle des premières visites
Le souffle se découvre souvent chez le chiot, aux premières visites. Une étude publiée en 2015 a porté sur 584 chiots en bonne santé, âgés de 20 à 108 jours. Dans sa partie principale, 195 chiots examinés par un cardiologue : 28 % avaient un souffle innocent, c’est-à-dire sans anomalie du cœur. Ces souffles étaient entendus pendant la contraction du cœur, le plus souvent musicaux, d’intensité 2 sur 6 au plus, avec un point d’écoute maximal à la base gauche.
Les chiots qui en avaient avaient un hématocrite plus bas, c’est-à-dire moins de globules rouges dans le sang. L’étude relie ce taux, qui monte avec la croissance, à la disparition spontanée du souffle.
Une spécialiste en médecine interne interrogée au congrès AVAC de Marseille en 2025 en tire les critères d’un souffle probablement innocent. Tout ce qui sort de cette liste n’est probablement pas innocent.
- une intensité de 1 à 2 sur 6 au plus ;
- un souffle entendu pendant la contraction du cœur ;
- un point d’écoute à la base gauche.
La vidéo ajoute deux points. Un souffle faible n’écarte pas une malformation : une communication entre les deux ventricules peut donner un souffle fort au départ, puis plus faible quand la maladie avance.
Et un souffle de 3 à 6 n’est pas innocent par définition : il se fait explorer par une échographie avec Doppler, de préférence avant l’adoption.
Pour un souffle innocent, la disparition arrive dans l’immense majorité des cas à partir de 5-6 mois. Tout souffle nouveau chez un chiot s’évalue : l’université de Munich le classe parmi les situations où mieux vaut examiner tôt.
Adulte sans signe : un souffle qui se suit
Chez un chien adulte ou âgé, surtout de petite race, le souffle vient souvent d’une valve du cœur, la valve mitrale, qui ferme mal et laisse refluer du sang. C’est la maladie valvulaire mitrale, dite aussi dégénérative. Le consensus de 2019 note que la plupart des chiens atteints ont un souffle reconnaissable des années avant les premiers signes d’insuffisance cardiaque, c’est-à-dire un cœur qui n’arrive plus à suivre. Le texte distingue trois situations.
| Situation | Ce que recommande le consensus |
|---|---|
| Race prédisposée, aucun souffle audible | Écoute annuelle par le vétérinaire pour les petites races, dont le cavalier King Charles, le teckel, le caniche nain et le toy ; aucun médicament |
| Souffle, valve touchée, aucun signe, cœur non agrandi | Aucun médicament ni changement d’alimentation ; nouvel examen d’imagerie dans 6 à 12 mois, plus tôt chez les grands chiens selon une partie des experts |
| Cœur agrandi sur le bilan, aucun signe | Le vétérinaire peut proposer un traitement avant les signes, d’après l’ensemble des mesures du bilan, dont le grade n’est qu’un critère |
La deuxième ligne surprend, parce que beaucoup de pages parlent d’une maladie qu’il faudrait traiter dès le souffle. Le consensus explique qu’à ce stade, l’évolution vers l’insuffisance cardiaque est incertaine, peu probable avant le prochain contrôle, et qu’aucune preuve ne montre l’intérêt d’un médicament. Un souffle découvert chez un adulte sans signe se confirme par un bilan d’imagerie, et c’est ce bilan qui décide du suivi.
À la maison : compter les respirations pendant le sommeil
La situation est celle du chien endormi, dans une pièce ni chaude ni froide. Ce geste s’ajoute au suivi du vétérinaire, qui dit s’il le veut et à quel rythme.
- Attendre que le chien dorme ou se repose au calme.
- Compter les respirations pendant 15 secondes, une respiration étant une montée et une descente de la cage thoracique.
- Multiplier par 4 et noter le chiffre avec la date.
Le centre vétérinaire de l’université du Missouri, dont la page s’adresse aux animaux atteints de cardiopathie suivis chez lui, donne des repères et non une norme : un chiffre normal au sommeil reste sous 30 à 35 par minute, et chaque chien a son niveau habituel. Il demande de le contacter si le chiffre monte de 20 à 30 % ou plus pendant trois jours de suite, ou s’il reste au-dessus de 35.
Une étude de 2016 va dans le même sens : chez 51 chiens en insuffisance cardiaque stable sous traitement, la médiane au sommeil était de 20 par minute et un seul chien atteignait 30 ou plus.
Le consensus de 2019 place la hausse de la fréquence respiratoire de repos, au-dessus de la base du chien, en tête des variables de suivi à domicile qui annoncent une décompensation chez les chiens déjà en insuffisance cardiaque.
Côtes et ventre qui travaillent plus fort au repos, cou tendu, pattes écartées, sommeil soudain sur le ventre : appelez le vétérinaire sans attendre le prochain contrôle. Ce sont les signes d’un effort respiratoire, que le chiffre seul ne montre pas.
Toux, essoufflement : ce que le souffle n’explique pas à lui seul
Un chien à souffle de valve qui tousse n’a pas forcément une toux d’origine cardiaque. Le consensus relève la fréquence des maladies chroniques de la trachée et des bronches chez les chiens les plus exposés à la maladie des valves, et demande des radiographies du thorax, de préférence une échographie, avant de conclure. Seul l’examen dit de quel côté vient la toux.
L’université de Munich range parmi les signes qui justifient d’examiner plus tôt la toux, la gêne à respirer, la fatigue à l’effort, le collapsus, c’est-à-dire une chute brutale, et une fréquence respiratoire de repos qui monte. Un de ces signes chez un chien dont le souffle est connu avance le rendez-vous. Chez un chien âgé, un souffle nouveau le fait aussi.
Au prochain contrôle
Le carnet de santé peut porter trois lignes : le grade annoncé, la date de l’écoute, et le point où le bruit est entendu le plus fort. À côté, les chiffres de respiration au sommeil. Au rendez-vous, trois choses se demandent : la cause supposée du souffle, l’examen qui la tranche, et la date du contrôle suivant. Un souffle sans cause connue et sans date de contrôle reste une question ouverte.
Sources
- Consensus pour le diagnostic et le traitement de la maladie valvulaire mitrale du chien, Journal of Veterinary Internal Medicine, mai 2019
- Souffle cardiaque innocent chez le chiot : prévalence, hématocrite et caractéristiques à l’auscultation, Journal of Veterinary Internal Medicine, 2015
- Souffles du chien et du chat, page d’information pour propriétaires, service de cardiologie vétérinaire de l’université de Munich, relue en octobre 2026
- Suivi à domicile des animaux atteints de cardiopathie, centre vétérinaire de l’université du Missouri, relue en octobre 2026
- Fréquences respiratoires de sommeil et de repos chez les chiens et chats en insuffisance cardiaque gauche contrôlée, The Veterinary Journal, 2016
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