Un bruit de chat se range d’abord par la bouche : fermée pour le ronronnement, ouverte puis refermée pour le miaulement, tenue ouverte pour le feulement, le grondement et le cri. Le ronronnement accompagne aussi le stress et la douleur. Et un bruit de respiration n’est pas une vocalise : un chat qui respire bruyamment bouche ouverte au repos se conduit chez le vétérinaire sans attendre.
Le bruit arrive devant la fenêtre, dans le couloir face à un autre animal, ou au milieu de la nuit. Trois situations, trois conduites, après une méthode simple pour nommer ce qui a été entendu.
Ranger un bruit par la bouche du chat
La littérature scientifique décrit jusqu’à 21 vocalisations chez le chat domestique, et le répertoire réel est sans doute plus large, selon la synthèse de Tavernier et ses coauteurs parue en 2020 dans le Journal of Veterinary Science.
Pour s’y retrouver, la position de la bouche pendant le bruit est le repère le plus facile à observer :
| Bouche | Bruit | Situation décrite |
|---|---|---|
| Fermée | Ronronnement, son grave et continu | Contentement, demande, mais aussi stress ou douleur |
| Fermée | Trille ou murmure, court et roulé | Approche amicale, jeu |
| Ouverte puis refermée | Miaulement | Nombreux contextes, surtout envers l’humain |
| Légèrement ouverte | Grondement, grave et roulant | Avertissement, menace |
| Ouverte | Feulement (sifflement), crachement | Réaction défensive face à un ennemi apparent |
| Ouverte et tendue | Caquètement, claquement rapide des mâchoires | Proie visible mais hors d’atteinte |
| Grande ouverte | Cri de douleur, court et intense | Combat, douleur vive |
Le long cri modulé, plus ou moins aigu, appartient surtout au contexte de la reproduction. Il est traité plus bas, avec la nuit.
Le ronronnement ne dit pas toujours que tout va bien
Le ronronnement se produit bouche fermée, à l’inspiration comme à l’expiration. Les chatons ronronnent presque dès la naissance, pendant la tétée.
Chez l’adulte, la chaire bien-être animal de VetAgro Sup, l’école vétérinaire de Lyon, répond « pas toujours vrai » à l’idée qu’un chat qui ronronne est heureux : il ronronne de plaisir, pour obtenir de l’attention ou de la nourriture, mais aussi sous l’effet du stress ou de la douleur, et une chatte peut ronronner entre les contractions de la mise bas.
Un ronronnement seul ne renseigne donc pas sur l’état du chat. C’est le reste qui compte : un ronronnement qui accompagne un chat caché, qui ne mange plus, se signale au vétérinaire avec ces autres signes.
La vidéo sépare le miaulement des autres vocalises et rappelle un point pratique : un miaulement qui obtient une réponse a toutes les chances de se répéter. Elle renvoie au vétérinaire un miaulement plaintif répété toujours au même endroit, comme la litière.
Trois situations, trois conduites
Devant la fenêtre
Un chat assis face à la vitre, les yeux sur un oiseau ou un insecte, qui fait claquer ses mâchoires en saccades : c’est le caquètement. La synthèse de 2020 le décrit face à une proie convoitée mais hors d’atteinte, un bruit souvent sans voix, produit par les mâchoires. Rien, dans ce bruit, ne relève du soin.
Face à un autre animal ou à une main
Feulement, crachement et grondement sont des bruits d’avertissement : le chat signale qu’il se sent menacé et demande de la distance. La conduite à tenir découle du message : ne pas le toucher, ne pas le punir, lui laisser une issue. Ce bruit d’avertissement n’a rien à voir avec le jeu, même quand le jeu dérape et que le chat se met à mordiller les mains.
La nuit
Deux cas de figure, selon l’animal. Votre chat a-t-il plus ou moins de 10 ans, et est-il stérilisé ?
Chez un chat non stérilisé, les longs cris modulés de la nuit relèvent du contexte reproductif décrit par la synthèse de 2020, chez la femelle comme chez le mâle. La question de fond est alors celle de l’âge de la stérilisation, à voir avec le vétérinaire.
Chez un chat de 10 ans et plus qui se met à crier fort la nuit sans raison apparente, le centre de santé féline de l’université Cornell signale plusieurs causes possibles : un dysfonctionnement cognitif, proche de la sénilité, mais aussi une hyperthyroïdie ou une hypertension, chez qui ces vocalises nocturnes sont relativement fréquentes.
Un chat âgé qui se met à vocaliser la nuit s’examine chez le vétérinaire avant toute explication de comportement : la thyroïde et les reins s’écartent d’abord, avant de parler de sénilité.
Le bruit qui n’est pas une vocalise : la respiration
Un sifflement, un ronflement ou un halètement qui suit le rythme de la respiration n’est pas une vocalise. Le même centre décrit le chat en difficulté respiratoire : il peut haleter bruyamment la bouche ouverte, tousser souvent, baisser la tête et tendre le corps vers l’avant, comme sur le point de vomir. Leur origine, l’asthme du chat compris, se recherche chez le vétérinaire.
Un chat qui montre des signes de difficulté respiratoire court un risque élevé de mourir sans traitement rapide : la consigne est de le conduire chez un vétérinaire immédiatement, de jour comme de nuit.
Avant d’appeler le vétérinaire
- Notez le bruit, la position de la bouche et le lieu : fenêtre, rencontre, litière, nuit.
- Filmez quelques secondes avec le téléphone : le vétérinaire entendra ce que le chat ne refera peut-être pas devant lui.
- Relevez ce qui a changé autour : appétit, cachette, litière, contact refusé.
- Pour un chat de 10 ans et plus qui crie la nuit, demandez un examen complet, pas seulement un conseil de comportement.
- Bouche ouverte au repos, respiration bruyante ou toux répétée : partez sans attendre.
Sources
- Tavernier C., Ahmed S., Houpt K. A., Yeon S. C., « Feline vocal communication », Journal of Veterinary Science, 2020
- Chaire bien-être animal, VetAgro Sup, « Un chat qui ronronne est un chat heureux : vrai ou faux ? », 7 juillet 2022
- Cornell Feline Health Center, « Dyspnea (Difficulty Breathing) »
- Cornell Feline Health Center, « Cognitive Dysfunction », revu en 2024
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